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La tire boulette mazaganaiseJeune garçon dans les années 50, la pratique de la tire boulette occupait pas mal de mon temps de loisir. Aujourd'hui, où les Khmers verts bien pensants prolifèrent, je serais embastillé avec pas mal de mes camarades, pour des actes pas vraiment écolo.
Une Tire ne s'achetait pas dans le commerce, elle se fabriquait. Petit retour dans le passé, et recette :
Rechercher tout d'abord une branche d'olivier avec une fourche en Y, la plus symétrique possible. Après l'avoir écorcée au couteau, l'attacher pour lui faire prendre une belle forme arrondie par trempage dans de l'eau très chaude suivi d'un séjour de 24 à 48h dans le liquide. Quelques jours de séchage, puis un passage sur le feu de la gazinière familiale pour donner de la robustesse au bois. Au final, polir avec du papier de verre pour gommer les irrégularités. Pour la confection de la poche à projectiles utiliser des chutes de cuir souple, données et découpées par un bourrelier amusé. Enfin, ajouter le troisième élément, de loin le plus important : le système de catapultage. Pour cela, découper deux lanières ni trop dures ni trop souples, dans des chambres à air rouges (le meilleur caoutchouc pour cet usage détourné) usagées, abandonnées par les garagistes. On peut alors assembler les trois parties de ce redoutable instrument, par un montage souvent personnalisé.
Le soir, dans les chantiers de construction provisoirement désaffectés, nous investissions les tas de pierres à béton, propices à nous fournir en nombreuses munitions ad hoc : pierres rondes ou petits galets pour le « petit » gibier. Chez les mécaniciens, nous ramassions des morceaux de fer et des roulements à billes pour le « gros » !
Les jours de vacances, nous retrouvions les amis du Plateau, dernière zone urbaine avant l'immensité du bled. Enfourchant nos vélos, nous partions sur la route déserte du terrain d'aviation, bordée de chaque coté par d'immenses eucalyptus. Nos oreilles et nos yeux repéraient de très loin toutes sortes d'oiseaux : moineaux, fauvettes, verdiers, grives, loriots, tourterelles, pigeons dans les arbres et dans les champs labourés, semés ou prêts à la récolte : alouettes, culs-blancs et huppes. Sur les murets en pierre, les petites chouettes rondes et à proximité de bétail famélique, les inoffensifs pique-bœufs tout blancs étaient systématiquement épargnés. Les cailles et les perdreaux au décollage express nous étaient inaccessibles même si nous tentions de les tirer à la volée par jeu. Quelle joie nous envahissait, quand après mille ruses, nous atteignions enfin une cible.
Au milieu des dunes sur la route d'Azemmour, entre l'Internat des Phosphates et le début de La Petite Forêt, nous nous défiions parfois. Nous trouvions sur place en guise de munitions, des sortes de boules non comestibles, assez dures, ressemblant à de petites tomates vertes ou jaunes dont j'ignore le nom. Miraculeusement, à part des bleus sur le corps, cette Guerre des Boutons n'a jamais provoquée d'accidents sérieux.
Lolo Sintes, le plus doué d'entres nous, était devenu un véritable expert. Ses tirs d'une précision redoutable sur des distances impressionnantes, faisaient souvent mouche. Christian Cristin se souvient avoir vu Lolo rouler en vélo, lâcher son guidon pour déquiller sans coup férir une malheureuse fauvette. Imaginez l'influence sur notre génération, des westerns vus au Cinéma Dufour.
Amis mais aussi rivaux dans la traque, nous devenions performants dans les techniques d'approche et dans la connaissance des comportements du petit gibier. Ce capital de connaissance et d'adresse, nous allions rapidement le transférer après l'acquisition d'une Diana, notre première carabine 4,5 à air comprimé à canon rayé et plus tard, en faisant parler la poudre de nos bosquettes ou de nos 22 courts.
Après le 2 mars 1956, la fin du protectorat déclencha un départ progressif de la communauté française. Nous nous sommes éloignés géographiquement les uns des autres, sans panique, dans un désordre temporel, parfois comme ce fut mon cas, sans avoir eu le temps de dire au revoir à tous les copains. Nous suivions nos parents, à la recherche d'un emploi dans l'Hexagone, l'Outre Mer, les pays francophones ou pour les plus téméraires le grand saut dans un pays étranger. Nous allions composer une nouvelle diaspora : celle des anciens du Maroc.
Aujourd'hui, terminant ma vie aux antipodes, j'ai conservé ma dernière Tire, vieille de plus d'un demi siècle, avec son manche constellé d'encoches pyrogravées matérialisant chaque capture et mes initiales.
Pour cette petite chronique, je me suis amusé à rechercher sur internet, l'histoire du lance pierre. Il existerait depuis la fin du XIX è siècle, dès l'apparition du caoutchouc. Appelé à tord fronde, catapulte ou estaque en France et bibiche en Nouvelle-Calédonie, il est considéré aujourd'hui, comme une arme de jet, classé en 6ème catégorie, son utilisation est fortement réglementée.
Ma mémoire retiendra de ces moments d'enfance heureuse, le bonheur d'évoluer dans un immense terrain de jeu naturel, le privilège de contempler des paysages fabuleux et surtout le plaisir sans pareil de vivre en totale liberté.
Crédit photo :
01- Pierrot Larue en 1958 : Jean Gonzales
02- La tire 52 ans plus tard ! : Pierre Larue

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A lecture du titre sur la première page du site, je n’avais pas compris de quoi il s’agissait, « tire boulette », au premier coup j’ai pensé à une forme métaphorique de gaffe, et j’en avais déduit qu’il devait s’agir d’un homme politique ou responsable local qui balance des boulettes à tout va dans tout ce qu’il fait. C’est après avoir lu la fourche en Y (cad tferca) que j’ai compris qu’il s’agit du jebbade ou moklaa, lecture se faisant je me suis dit pourquoi l’écrivain de cet article n’a pas intitulé son article jebbade ou mouklaa plutôt que tire boulette mazaganaise. Pourtant, ce dispositif qui n’a rien de mazaganais m’est complètement familier, car moi-même comme beaucoup de jeunes marocains j’en ai fait usage dans mon jeune âge. Je relève à ce niveau que trouver un olivier à El-jadida constitue un vrai exploit, et l’arbre utilisé pour élaborer la tfreca était autre. Any way, j’avoue que la méthode pour fabriquer la tferka selon notre « ami » semble plus élaborée que celle que j’utilisais et devait donner un meilleur résultat. Je regrette d’ailleurs que notre "ami" qui doit être à peine plus âgé que moi ne m’a pas cherché à me connaître pour me permettre d’améliorer la fabrication de la tferca. Ceci dit, je ne suis pas sur que le résultat en termes de chasse aurait été amélioré.
Je ne voudrais pas blesser par mes propos notre "ami" le nostalgique d’une époque où il me croisait mais ne me voyait pas. Pourtant j’avais les mêmes rêves, les mêmes occupations et préoccupations du môme qu’il était et que j’étais, aurais-je raison de dire aussi les mêmes sentiments ? Il avait son monde et j’avais le mien et pourtant nous vivions le même territoire. La différence c’est que lui ne s’intéressait pas à moi, je n’existais pas pour lui et que ces copains s’appelaient Lolo, Christian, et aucun Mohammed ou Mostafa. Ma langue et ma culture ne l’intéressait pas car mon ami et les siens étaient des colons qui méprisaient les colonisés que nous étions et ne leur portaient aucun intérêt, si non le titre de son article aurait été doublé de jebbade en plus de titre-boulette.
Kamel