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Actualités El Jadida // La chronique

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Ajouté le 02 Mars 2010
Par le membre aithnitchhs

 

Grand’mère TOUNSI décède et c’est notre culture qui se meurt

 

Auteur : Tarik Boubiya

Ahdate Doukkalia

 

 

Dimanche soir, dix heures ont sonné, il fait froid dans la rue de Tunis. Ma femme reçoit un téléphone de son oncle :

- La mère TOUNSI est très malade, toute la famille est là…

Au moment où j’ai entendu l’appel, ma mémoire s’est déclenchée, et je revis l’instant d’un recul, le film de plusieurs personnalités de la ville qui ont quitté notre monde pour rejoindre la dernière demeure, le logis eternel. J’ai remémoré ces hommes et ces femmes, partis à jamais, à l’âge de la sagesse, emportant avec eux un pan entier de notre culture ancestrale. Je revois encore le père TOUNSI, le grand-père BENDRISS, BENCHERKI, BELFAKIR, BENTOUILA, EL ALAMI et d’autres. Je remémore avec tristesse et affliction, un 23 juillet 1983, la perte de mon propre père, Hadj Si BOUBIYA Abdelkader, parti sans mot dire, dont la gentillesse et la droiture ne sont plus de ce monde.

Je me souviens.

Tout commence dans le pays d’origine de l’international ABOU CHAROUANE, à LARBAÂ AOUNATE, un petit village à l’intérieur des Doukkalas. Au début du commencement de la petite cité, une poignée d’habitations autour d’une ZAOUIA, une école coranique de l’Islam modéré, l’univers de nos ancêtres, un oasis spirituel, aux dimensions naturelles et humaines. Un hameau à l’écart de la civilisation du stress, un havre de paix, un monde ou il faisait bon vivre. La mère TOUNSI qui décède dans le feu de cette nuit là, est originaire de LAOUNATE, la ville symbole de la piété, de la sagesse et des valeurs séculaires du Maroc profond. Elle fait partie de cette génération de nos parents et nos grands-parents, dont la grande majorité a quitté le pays d’origine pour s’installer en ville, scolariser les enfants, y construire une demeure et y vivre en paix avec le reste de la famille.

Je me souviens.

De ces veillées religieuses, réunissant quelques « TOLBA » à l’occasion d’une naissance ou l’arrivée d’un HAJ d’un voyage à la Mecque, ces cérémonies familiales autour d’un thé à la menthe, aussi sucré que le miel, préparé dans une « SINIA » en vrai métal argenté.

Je revis avec une amère nostalgie ces plats succulents, ces couscous mémorables, aux sept légumes ou « BITFAYA », ces « LHAM BELBARKOUK », ayant mijoté des heures durant, dans de gigantesques marmites, au feu de charbon de bois (FAKHER), dans les « MJAMER » ou en plein air. J’imagine encore la Maitresse de la grande maison, donner ses directives à l’équipe des cuisinières, sans oublier d’inviter les grands et les petits, les proches et les lointains, toute la famille au grand complet. Et, avisez-vous, de prononcer un mot déplacé, une phrase de trop ou une quelconque remarque désobligeante car, le temps est à la fête, à la célébration, à la vie dans toute sa splendeur. Dans le salon meublé en « MOBRA » de la grande maison, la maitresse de maison est vêtue d’un Kaftan en soie, aux multiples couleurs, chatoyantes, plaisir des yeux et du regard, l’innocence était de son monde, authentique et vrai. Elle parlait peu et disait beaucoup. La Mama marocaine, nos mères et nos grand’mères, ne connaissaient ni intrigue ni artifice, ni mensonge ni traitrise. La famille entière venait leur demander conseil en toute circonstance, heureuse ou malheureuse. Elle vous reçoit avec un grand sourire, vous met à l’aise dans le respect et la considération. Installez vous dans le grand salon, la table se dresse au fur et à mesure, une table circulaire ou sont dressés une dizaine de grands plats « TAOUSS » garnis de cornes de gazelles, de « BRIWATES » aux amantes et au miel, de « FAKASS » ou de « GHRYBA ». Quand le Patriarche est là (expression chère à l’écrivain Driss CHRAIBI « RAHIMAHO ALLAH »), il vous invite à déguster les mets délicieux dans une atmosphère ou règne la confiance et la parfaite hospitalité.

Difficile d’oublier ces hommes et ces femmes qui font la fierté de notre culture ancestrale.

Que reste -t-il de nos traditions séculaires et de nos « RIAD », parlons-en des « RIAD » ? Ces maisons ancestrales sont aujourd’hui habités par les démons et les touristes les plus huppés, une meute d’étrangers venue retrouver un « bouquet de plaisirs », une culture considérée un siècle auparavant par leurs propres ascendants, comme une terre moyenâgeuse habitée par des sauvages et des indigènes incultes, et que la colonisation s’empressait de civiliser, de remettre au niveau du monde dit civilisé…

Notre enfance, notre trésor, le Maroc de la mère TOUNSI , de nos pères et nos grand-père, parti à jamais, dans le feu du quotidien ravageur, du stress permanent, et des tourments de la vie moderne, héritages de la civilisation du colon d’hier, et du maitre du Monde d’aujourd’hui…

 

 

Article lu 2632 fois

 

 

 

 

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Commentaires sur cet article

 

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1. EL KHATIBI MOURAD (03/3/2010 . Id:8904)

LAH YRHAMHA INCHAALAH

2. abdelmounaim (03/3/2010 . Id:8906)

Allah yarhamha ou yarham al mouminin
Rue de Tunis, on est voisin alors, je suis aussi un vrai Aouni Paternel, je me joins à votre peine wa ina lilah wa inna ilaihi raji3oun.

3. ABDELLAH HANBALI (05/3/2010 . Id:8907)

Cher Tarik, J'avoue que votre style me désarme. On dirait que c'est votre coeur qui nous parle. Votre style est tellement sincère, tellement beau, que j'ai lu et relu l'article pour bien le déguster car comme un tagine au Barkouk ou des B'riouates, il fut succulent.
je vous remercie pour tous les symboles que porte ce texte dans ses entrailles. Je vous remercie aussi pour ce moment de nostalgie qui a surement fait revivre à chaque lecteur sa "grand mère Tounsi" à lui. Et comme cerise sur le gàteau, il s'est avéré que non seulement vous étes un excellent narrateur, mais que vous étes aussi un AOUNI comme moi.
Mes condoleances à la famille Tounsi et mille fois merci Mr Tarik pour un si beau article et pour...le tagine au Barkouk

4. El hayti (09/4/2010 . Id:9015)

j'ai beaucoup aimé votre article je suis née à El jadida et ms parents ont déménagé à Casablanca j'avais 2 ou 3ans mais je reste attaché à ma ville natale. vs écrivez bien "et ss faute" continuez vs ns faites rèver monsieur merci.

 

 

 

 

 

 

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