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Actualités El Jadida // Arts et Culture

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Ajouté le 18 Mars 2009
Par le membre M.Amengual

 

Hommage à Abdelkébir Khatibi, par Rita El Khayat et Michel Amengual

 

Auteur : Rita El Khayat et Michel Amengual

Eljadida.com

 

 

Je voudrais dire ma sincère et profonde affliction après la douloureuse disparition de celui qui fut le porte étendard des Doukkala, avant d’être celui du Maroc, et qui a porté si haut les lumières doukkalies dans l’univers si particulier des Lettres et des Arts. Abdelkébir Khatibi, que j’avais grand plaisir à rencontrer à chacun de ses passages à El Jadida, rayonnait de gentillesse, d’intelligence et sa sensibilité lui permettait de percevoir, au-delà des mots, l’indicible dialogue de l’être avec lui-même. Je ne prolongerais pas cet hommage ; d’autre que moi le feront mieux que moi ; je voudrais simplement rajouter à ces lignes, l’émouvant hommage que me fait parvenir mon amie Ghita El Khayat, avec qui je signais ici la rubrique : « le livre des prénoms »… Elle avait avec Khatibi, et nous en parlions souvent, des liens particuliers que l’on peut découvrir dans ces lettres que tous deux s’adressaient et qui ont été publiées sous le titre « Correspondance ouverte », aux Editions Marsam. Ghita, avec son cœur à fleur de peau, lui dit tout notre amour… Merci Ghita. A Dieu ! Abdelkebir

Michel Amengual

je suis très affectée par la mort de Abdelkébir Khatibi ; il était un des géants de la littérature marocaine, maghrébine et arabe. avec lui disparaît cette pléïade de grands écrivains comme Driss Chraïbi ou Kateb Yacine : ils arrivèrent juste après les indépendances à la reconnaissance nationale et internationale ; ils sont fondamentaux pour l'Histoire des Lettres et de la pensée dans nos pays.
Khatibi était discret, humble, passionné par l'art, amoureux de la vie et ouvert sur tous les pays et toutes les cultures. Nous partagions une passion commune, le Cinéma, et avions eu la chance de faire partie de la Fondation du Festival International du Film de Marrakech : son fauteuil restera vide... mais, nous ne faisons que découvrir à partir de maintenant l'importance de son personnage littéraire, de sa recherche en sciences sociales et du legs qu'il fait aux générations futures, ... il fût un travailleur infatigable... nous sommes heureux qu'il ait publié ses Oeuvres Complètes aux Editions de la Différence à Pars : prémonition ?? Adieu, Abdelkébir, tu as été mon Ami et je t'appelais affectueusement, KHAY....

Rita

Correspondance ouverte
Préface à l’édition aux Etats-Unis
Dr Rita El Khayat
15 Mars 2009


Pendant que mon Ami Abdelkébir Khatibi est très malade et ne peut signer avec moi cette préface à « Correspondance ouverte », aujourd’hui traduite en anglais grâce au travail très important de trois femmes universitaires américaines, j’ai cet honneur insigne de parler en nos deux noms…

A la sortie du livre, Abdelkébir m’a dédicacé un exemplaire, comme j’ai dû le faire moi-même, je ne m’en souviens plus, et sa dédicace décrit à elle seule les relations que nous avons eues pendant toute notre longue amitié, plusieurs décennies en fait !

Il avait écrit à Casablanca, le 7 avril 2005 : « à Ghita, – l’ancienne manière dont j’écrivais mon prénom- en complicité et dans le respect de ton être en tant que tel »…

Je crois que c’est cette complicité et ce respect qui a marqué tous nos échanges. C’est lui qui avait choisi le titre « Correspondance ouverte » dans l’intention de ne rien fermer, de ne rien arrêter, de ne pas clore nos relations autour d’un ensemble de lettres qui s’échelonnent entre décembre 1995 et octobre 1999.

Et, en effet, nous restâmes en contact tout le temps après et d’autant plus que nous faisons partie tous les deux du Conseil d’administration du Festival international du Film de Marrakech, depuis 2002, chance inespérée pour nous voir régulièrement et passer ensemble des moments merveilleux de cinéma dans la Ville Rouge , passionnés par la quantité de longs métrages du monde entier, et par l’art et la culture, nos plus sérieuses préoccupations.

Nous nous téléphonions de temps à autre, lui habitant Harhoura, une plage de Rabat et moi, Casablanca, la mégapole… dans les derniers temps, il y a à peu près trois mois, lors de notre dernier coup de fil, je lui ai dit : « Tu sais, Abdlekébir, il faut qu’on provoque absolument une rencontre ! Nous allons vieillir sans avoir eu le temps de bien parler… ». Il avait ri. Il interrompait aussi très drôlement nos longues conversations à un moment que je ne prévoyais pas : je sentais simplement qu’il ressentait que nous nous enlisions dans des mots qui pouvaient devenir vides. Il n’a jamais répondu à ma dernière lettre, du 22 octobre 1999 qui se termine ainsi par mes mots raccourcissant les formules usuelles de politesse : « Brèves amitiés en ce temps si long, il y a … années que je te connais ? » …

Lui posant ainsi une question qui n’aura jamais de réponse. Mais nous savions que la première fois que nous nous sommes vus, j’étais allée l’interviewer sur « La Mémoire tatouée », son livre récemment paru, pour la télévision nationale. J’étais étudiante en médecine. Il était directeur de l’Institut de Sociologie, à Rabat…

En fait, j’ai une grande fierté à avoir, avec Abdelkébir, écrit une correspondance unique en son genre dans l’énorme monde arabe et musulman, unique car échangée entre deux écrivains de sexe différent. Je ne sais, par ailleurs, si ce style d’échanges existe dans la littérature arabe et musulmane entre hommes… Par contre, lors d’une présentation conjointe du livre, quelqu’un dans l’auditoire faisait remarquer à Khatibi qu’il avait déjà publié une correspondance avec… un autre psychanalyste, (Jacques Hassoun) comme moi, et l’interrogation, intéressante, suggérait : « Est-ce que vous ne pouvez avoir de pareilles expériences littéraires qu’avec des psychanalystes ? »…
Il rit…

Traduite en italien sous le titre « Le Lettere, un scambio molto particolare » (Zane editrice, Lecce, Italie, 2006 ; Traduction, Antonella Perlino ), cette correspondance intéresse beaucoup les femmes, aussi bien les éditrices que les traductrices, provoque l’envie de renouer avec ce style et cette habitude épistolière, aujourd’hui quasiment disparue en raison du courrier électronique.

Je me souviens aussi qu’une lettre avait été perdue par la poste de Harhoura : on la retrouva miraculeusement après quelques mois dans la petite poste locale… preuve que le courrier va de plus en plus s’échanger de manière électronique, reléguant à des âges lointains toutes les correspondances sur papier… et ce serait un grand dommage. Je peux le dire car aujourd’hui j’envoie des milliers de messages écrits dans la précipitation, qui se perdent quand j’appuie sur le mauvais bouton : Khatibi avait sorti toutes nos lettres d’un beau dossier fermé.

La rédaction des lettres que j’envoyais à Abdelkébir, c’était tout autre chose : j’écrivais avec énormément de concentration, de sérieux et de sincérité. Je mettais tout ce que je pensais dans mes mots car je savais que mon correspondant comprendrait tout, réagirait, échangerait profondément et gravement avec moi : c’est lui qui m’avait demandé de lui écrire la première fois, en me demandant si, éventuellement, j’avais envie de réagir à son texte illustré, « L’Aimance ».

Il m’a conviée et donc initiée à ce très beau travail d’écriture à deux. Outre le don de cette « Correspondance ouverte » à tous, aux lecteurs nouveaux des langues dans laquelle elle apparaît, je remercie quant à moi du fond du cœur Abdelkébir qui a été mon mentor, qui m’a introduite à la possibilité de penser à deux. Je voudrais lui dire, lui qui est à ce moment sur un lit d’hôpital, toute ma gratitude, toute mon affection, très profonde, mon désir qu’il vive, qu’il continue à appréhender de ses yeux clairs, le monde tel qu’il l’enchantait… Sa préface au livre est aujourd’hui infiniment plus parlante… Relisez-là !

Merci, Abdelkébir, de m’avoir permis de dépasser la condition inférieure de la femme écrivain… Je te cite : « … nous appartenons ainsi à la civilisation islamique et à son système social patriarcal ».

Tu n’es plus seulement que mon Ami, tu as consenti à être mon égal dans un monde qui ne reconnaît pas l’échange possible entre un homme et une femme.

Le nôtre, je crois, a été capital et engage la littérature arabe et islamique…

Merci…

Casablanca, le 15 mars 2009
Docteur RITA EL KHAYAT

http://www.ritaelkhayat.com

 

 

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1. ahmed benhima (18/3/2009 . Id:7573)

Merci Mme El Khayat, merci Michel. On attendait ce premier hommage d'El Jadida pour celui qui fut son fils et qui légua à tout le pays (et à d'autres) une richesse littéraire hautement précieuse.

2. Sheena Chraïbi (20/3/2009 . Id:7583)

La nouvelle est tombée comme un couperet, lundi soir en France, où j'ai appris la disparition de feu Abdelkébir Khatibi ,grand homme de lettres et humaniste. Encore une triste perte,irremplaçable, pour la culture et le sens critique au Maroc... Je suis d'autant plus émue que je me souviens avec clarté de notre rencontre, à El Jadida même, en décembre 2006, des échanges vivifiants qu'il a partagés avec Driss Chraïbi et d'une discussion passionnante au sujet de la transmission de la mémoire par les langues. La lueur de son regard nous manquera à jamais. Je suis heureuse que sa ville natale ait pu rendre à Si Abdelkébir l'hommage tant mérité en mars 2008.
Les meilleurs s'en vont, mais leur oeuvre et leur héritage littéraire transcenderont l'espace et le temps.

3. el khatibi yassine (22/3/2009 . Id:7595)

Hommage a mon oncle El khatibi abdelkbir

J’offre cette poème à mon cher oncle abdekbir el khatibi, à ma famille à toutes les intellectuelles Marocaines et étrangères puisque la pensée khatibi c’est une image de marque une référence Qui dépasse les frontières, je présente aussi mes condoléances a ma ville natal a sa ville natal El Jadida qui a toujours été son inspiration, a tout les marocains sans exception puisque la perte d’un cher comme lui c’est une perte qui va laissé des traces marquantes, un vide difficile a remplir.

Pardon moi mon cher oncle de me mettre a votre place pour présenter cette poésie, Merci d’avoir tatoué ton histoire notre histoire, merci d’avoir fait le cor métrage de la famille khatibi à travers ta célèbre autobiographie, tu resteras notre lumière à jamais.

A dieu

Malgré moi je suis parti
A dieu mon âme
A dieu ma pensée

Malgré moi j’ai vu mes funérailles
Merci le fkih, merci la famille
Et merci les amis

Malgré moi je me suis tatoué
Merci ma pensée, merci Mazagan
Et merci el khatibi

Malgré moi j’étais et je serai au cimetière
Que l’ange me conduit
Que dieu me protége

Inchallah

El khatibi yassine

4. brahim Elmenani (03/5/2011 . Id:9837)

Je tiens à remercier profondément Mme Rita d avoir laissé et signé si fidelement ses mots remarquables pour la mémoire Khatibi.....Cette grande figure de la pensée et la litterature universelle et arabe...Je suis vraiment et profondément touché par son départ rapide ...Cette grande personnalité marocaine restera à vie et eternellement gravé dans la mémoire collective de ses admirateurs...à Dieu Khatibi et merci Mme Rita....

 

 

 

 

 

 

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