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Le temps invite le temps
Les vivants meurent assoiffés de printemps
Les morts vivent dans des abysses latents
Les êtres scrutent la froideur des choses
Les éléments vibrent entre action et pause
Le présent est un mort-né que nourrit le temps
Balise de revirement des choses qui muent
Pour d'autres choses figées et tenues
Le socle bouge et on s'y repère
Le temps nous habite et on s'y perd
À croire que le temps n'existe guère
Un temps cadencé en demi-ton
Les uns auront juste le temps pour mourir
D'autres auront le temps de peiner
Pour plaire et se pavaner
Ou briguer quelques vaines plénitudes
Pour des souvenirs pesants et rudes
Reliques brûlantes qui empêchent la mue
Des temps et des visages qui hantent à jamais
La mémoire des êtres qui se croient libérés
J'ai beau être poète et songe-creux
Mon sommeille est craquelé toutes les nuits
Par le martèlement du temps des pendules
Et des moments qui passent et ondulent
Je rêve d'une vue aérienne de ce que je suis
Pour voir le monde qui nous a élevés
Et le temps que nous avons tissé
Et que nous déplorerons à jamais. 
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Si chacun de nous recensait tous les problèmes qu’il a connus depuis qu’il a conscience du temps, il n’en trouveras, après de gros efforts de mémoire, que très peu ! C’est le temps qui les a dissout miraculeusement pour n’en rien laisser que de vagues souvenirs, parfois de mauvais, mais souvent de bons souvenirs ! Cependant les souvenirs sont le plus souvent évoqués avec regret, avec nostalgie :
« Oh ! Combien de fois ai-je gémi sur mon sort !
Je pleure les instants où je pleurai alors ! »
La nostalgie des moments les plus difficilement vécus est un trait commun de tous les êtres dotés de conscience. Le temps y est encore pour quelque chose ! Le temps passé a effacé l’intensité des problèmes vécus alors. Serait-il dès lors exact de dire que cette intensité n’était pas objective ? Que cette intensité diffère selon les êtres, les scrupuleux, les « j’m’en foutistes », les épicuriens ? Ceux qui crient, ceux qui sont entre deux âges, et ceux qui se taisent ?!
Crie ta douleur ! Ecrie tes maux !
Réécris ta douleur ; réécris tes maux !
Comme l’écrivain qui écrit en vain !
Comprends-tu le cri du cricri ?
Il n’est jamais aigri, il n’a jamais été gris.
Il est bien noir et il revient tous les soirs.
Cris des voisins,
Cris des raisins
Qui sont bientôt vins
Et rempliront les bouteilles en vain.
Elles seront un jour vides
Alors que tu auras des rides.
Cris de sirènes
Avant le déluge de kérosène.
Cris de la criée
Et les flâneurs en riaient.
Crie ! Crie ! Re-crie !
Mais énonce tes critères,
Laisse tes tics dans tes viscères,
Et ne pense plus à la civière !...
Qui a tort ? Qui a raison ? Peu importe ! le temps a toujours raison et doit certainement avoir ses raisons ! Il s’écoule selon le même rythme, et la conscience qu’ont les vivants du temps diffère selon les individus. Sa perception est différente de l’un de l’autre, et il y a autant de perceptions du temps que d’humains constituant cette humanité depuis sa création, depuis le démarrage du temps. Les problèmes vécus par ceux qui sont morts dépassent par leur nombre, et de très loin ceux des vivants ! Leur rapport pourrait être de un à mille.
« L’histoire des nations est un roman de mémoires, descriptif ! Un inventaire … de problèmes ! »