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Actualités El Jadida // La chronique

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Ajouté le 10 Janvier 2009
Par le membre lakdim51

 

Match mémorable

 

Eljadida.com

 

 

A l’age de dix ou onze ans, au début des années soixante, comme tous les gosses de mon quartier, je ne rate aucun match du DHJ à domicile, même si souvent faute de moyens, j’y assiste, perché sur les arbres jouxtant le terrain. Chaque gamin de notre quartier avait son arbre préféré. Mon arbre à moi, avait le tronc moins gros, facile à grimper et une vue totale sur l’aire du jeu.

Souvent, les responsables ouvraient le grand portail ; à une demie heure et même à la mi-temps du match, mais moi et d’autres gosses nous préférerions rester, là où sommes au lieu de courir chercher une place, rare même au début du match.

Le terrain, municipale, rebaptisé, terrain Ben M’hamed Laabdi, au nom du fameux gardien des buts de l’époque. L’oiseau du Maroc, titraient souvent les journaux. les rares journaux à cette période. Il était formé uniquement d’un tribune couvert, pas de gradins, seule un mur clôturant le terrain où les spectateurs s’entassaient. Les retardataires assistaient à la partie debout, derrière les grillages.

Dans notre quartier, à l’approche d’un match important qu’allait disputer, le DHJ, contre les FAR, les discutions vont bon train entre les copains. La quasi-totalité des enfants et adultes ne parlaient que de ce match et les économies que nous devrions faire pour pouvoir décrocher ce billet ‘demi tarif’, accordé aux écoliers, tous âges confondus, mis en vente au sein des écoles.

Moi, un copain de classe, habitait 'kalaa', me proposa de venir le dimanche, tôt le matin et en aidant le responsable du terrain aux taches de nettoyage et traçage du terrain, nous pourrions assister gratuitement au match.

Heureux, comme un oiseau, j’ai accepté, la proposition sans hésitation. Durant deux jours qui nous séparaient de la rencontre tant attendue, je comptais les heures et les minutes, et je ne peux m’imaginer à la tribune, entrain de hurler comme tous les autres gamins, moi qui n’ai jamais eu l’occasion de mettre les pieds à la tribune.

Dimanche arrivé, tôt le matin, je me suis réveillé, sans que ma pauvre mère, se rendre compte, car ce jour, était une journée de repos pour elle. Elle qui durant toute la semaine, bossait pour nous nourrir.(J’en parlerai de ça une autre fois). A sept heures, j’étais déjà, sur place.

A mon arrivée, j’ai trouvé mon copain de classe et une douzaine d’autres gosses de notre âge, discutant du match dans un brouhaha indescriptible. Plus loin, trois adolescents, vingt à vingt-deux ans environ, discutant eux à voix basse. Illico, j’ai compris qu’ils sont les responsables des taches que nous devrions faire.

Sans se poser des questions, je me suis intégré au groupe de mon copain et sans difficulté je me suis fais une place parmi eux, surtout que moi, j’avais des connaissances acceptables sur les joueurs, buteurs , arrières et ailiers des clubs du Maroc, vu que je lisais le journal l’opinion, presque journellement., malgré ma pauvreté ( je l’achète à 20 centimes et le lendemain je le remis au vendeur en bon état pour reprendre le nouveau en versant dix centimes uniquement). « Des gens vont dire que c’était illégal, mais je leur réponds, que ces marchands, sans le vouloir ni le savoir peut-être ont participé à notre instruction, nous les jeunes pauvres de cette génération».

Après, une heure et demie d’attente, un homme d’une forte corpulence, surgi derrière le grand portail du terrain, vêtu d’une blouse bleue, et d’une paire de bottes noires, casqué à la mexicaine. A sa vue, j’ai su que c’est le fameux, Sate, gardien et responsable du terrain que tous les jeunes de la ville, connaissaient. Homme intraitable et indiscutable.

Après quelques mots échangés, avec les trois adolescents et un coup d’œil furtif vers nous, l’intéressé nous a conduit vers les vestiaires, d’où il a sorti le matériel de nettoyage et de traçage.

Aussitôt, sous la direction des trois adolescents, nous nous sommes partagés en trois groupes :
-Ier groupe, nettoyage des vestiaires, douches et couloirs souterrains menant à l’aire du jeu.
-2eme groupe, balayage de la tribune et de la piste.
-3eme groupe, traçage du terrain et accrochage des filets.

Sans tarder, chaque groupe prend son matériel adéquat et entama ses taches, sans mot dire.

Moi, j’étais très heureux de me trouver avec le groupe du traçage où se trouvait mon copain de classe. Enfin, j’aurai l’occasion de fouler l’aire du jeu, même si c’était en terre battue. Dirai-je tout bas. Avant de commencer le traçage, Sate ordonna à notre responsable, de ne pas marquer le point de penalties sans sa présence

Une fois le traçage terminé, avec une sorte de poudrier remplie de plâtre en poudre. Nous sommes passés à l’accrochage des filets, tout en ayant le soin de bien les fixés. Le moment le plus difficile de cette tache était les fixation à barre transversale, car il fallait que moi, le plus maigre, ou le plus léger du groupe, si j’ose dire, que je monte sur les épaule de notre chef et d’attacher le filet aux crochets de la barre. A la fin, Sate arriva, sorti de sa blouse une ficelle et mesura le point de penalties, avant de m’ordonner de la marquer par une poignée de plâtre en poudre.

Vers midi, à la fin de nos taches, les premiers moghaznis arrivèrent. Sous les ordres de leur adjudant ; ils se sont rassemblés devant les tribunes, pour recevoir les instructions avant d’entamer le ratissage du terrain et ses alentours ; à la recherche des resquilleurs.

Nous, sous les ordres de Sate, nous sommes rendus, derrière les tribunes, où les trois gaillards, nos chefs ont eu le droit d’assister gratuitement au match, une sorte de recrutement sur titre. Quant à nous autres les petits, nous étions enfermés dans le local du matériel avec ordre de ne pas bouger avant le début du match. Le match des seniors et non des juniors qui, lui débutera à treize heures pile.

Entassés, dans le local, avec le matériel, nous sommes restés environ deux heures, deux heures à discuter entre nous à voix basse, pour ne pas éveiller des soupçons sur notre présence, d’ailleurs les instructions de Sate ont été formelles dans ce sens. Personne ne bougera avant le signal et pas de bruit.

Dehors et sur nos têtes ; aux tribunes les encouragements et les cris des spectateurs se font de plus en plus assourdissants, stridents même. D’ailleurs en suivant les ovations des gens dehors, nous avons pu savoir le résultat du match des juniors.

Faute de montre, nous comptions sur les promesses de l’un de nos trois chefs, pour nous donner le feu vert en temps opportun, afin de sortir de notre cache.

Durant les deux heures d’attente, mon cœur battait la chamade et une sorte d’angoisse m’envahie et je ne cessais de penser à ma délivrance de ce local, sentant la moisissure et le froid.

Juste avant le match et comme promis, l’un de nos chefs, tapa à la porte tout en chuchotant ‘allez vous pouvez sortir, mais faites attention, deux moghaznis, sont juste à l’entrée des tribunes’, puis disparaît.

Le premier groupe, sortait, suivi du deuxième et ainsi de suite à un intervalle de cinq à dix minutes environ. J’étais parmi le dernier.

A ma sortie et pour éviter de suivre mon copain de cache, j’ai pris la direction du couloir de droite menant aux tribunes, alors là pas de chance, je me suis trouvé nez à nez avec un moghaznis, tenant un long bâton. Ce dernier sans mot dire s’acharnait sur moi, en me frappant de toutes ses forces. Surpris, je ne savais quoi faire ni quoi dire. Au début j’ai essayé d’esquisser les coups, mais je n’ai pu résister aux coups qui s’abattaient sur mon maigre corps, un corps de gamin de dix ans. Je ne cessais de pleurer et de supplier le mokhaznis, mais hélas, ce dernier, sourd et muet à mes supplices continuait à me frapper à l’aveuglette.

J’ai tenté de fuir, mais ce dernier, tenant ma chemise, m’immobilisa, ne me laissant aucune chance d’échapper à sa correction avant que son collègue, n’arriva et d’un coup de brodequin m’assomma. Un coup tellement fort que j’ai eu l’envi de vomir. Du haut de la tribune un homme les supplia de me laisser partir, mais en vain.

A un moment donné, le moghaznis lâcha ma chemise, peut-être pour me saisir de l’autre coté, j’ai profité de ce laps de temps et j’ai couru à toute jambe en direction de la porte de la caserne des sapeurs pompiers, qui donnait sur l’enceinte du terrain.

En pleurs, devant le portail de cette caserne, un pompier de garde, à qui j’ai raconté par petite histoire de refuge et ma participation au traçage du terrain, me réconforta et me reconduit vers les tribunes en me tenant la main, plu tard j’ai appris qu’il s’agissait d’un ancien joueur du DHJ. Feu Gharbaoui, un autre gardien légendaire d’El Jadida. Cet homme gentil et aimable me conduira au seuil des tribunes avant de me confier à un policier, de ses connaissances, pour qu’il me trouve une place. (Dans le temps, nos cadets, nous racontaient que le problème de vue de Gharbaoui, est du à l’attrapage d’une hirondelle qui traversait sa cage).

Heureux, mais terrorisé, cachant mes douleurs et mes larmes, j’assistais pour la première fois au match du haut des tribunes. D’ailleurs, de ce match, je ne me rappelle que de la phase où l’avant centre jdidi, Chiadmi après une échappée de Chicha sur l’aile droit recevra une balle en retrait dans la surface de réparation et d’un coup de ciseaux, à la manière de hadji contre l’Égypte à la CAN, expédia la balle dans les filets de Allal, le grand Allal. Ce dernier resta bouche bée. C’était le délire dans les tribunes, impossible de décrire cette ambiance à ce moment.

Fini, le match, avec une victoire mémorable du DHJ sur les FAR, j’ai pris le chemin de retour vers notre quartier, où les discutions ont été interminables jusqu’à minuit passé.

Mes copains, surtout les habitués des arbres m’accablaient de questions au sujet de ma présence à la tribune. Au début, j’ai essayé de leur cacher ma mésaventure avec les moghaznis, mais à la fin j’ai cédé.

Depuis lors, j’ai juré de ne plus mettre les pieds au terrain Laabdi, tant que je n’ai pas les moyens de payer mon billet et revenir à mon arbre préféré. A l’age de dix-neuf ans, moi et ma famille nous avons quitté El Jadida pour s’installer à Casablanca. Un an après, je me suis engagé dans la Gendarmerie Royale. Durant ma carrière, j’étais, toujours un supporter des FAR par corps et du DHJ, par cœur.

Trente cinq ans après, en 2005 après ma retraite et mon retour à El Jadida, j’ai renoué avec le terrain laabdi. Fini l’aire de jeu en terre battue c’est un gazon verdoyant et de bonne qualité, des gradins convenables. De la tribune j’ai assisté encore une fois à un match Dhj-Far, victoire toujours des locaux.

Le jeu a beaucoup changé, mais plus de coups de ciseaux de Chiadmi ni dribbles déroutantes de Chicha, Maaroufi, Moubarik, Bouatra et j’en passe. Durant de ce match mes yeux regardaient, mais mon esprit vaguait souvent vers l'autre match, le match des années soixante.

Quant aux arbres, mon arbre à moi, et ceux des copains, plus rien de tout ça. Ils ont été décimés pour céder la place à un terrain d’entraînement et une école de football.

Moi, en retraité j'assiste toujours aux match sur le le terrain Laabdi et en payant mon billet des tribunes cette fois-ci. Sauf que à chaque fois que je voyais un moghaznis, je ne pouvais effacer cette image gravée dans mon esprit, comme si c’était hier, l’image d’un homme, sans cœur rouant de coups un gamin de dix ans, sans défense. !!... Durant ma carrière de Gendarme, j’ai appris que recevoir des ordres est claire, mais l’exécution est beaucoup plus difficile qu’on l’imagine. Comme un arbitre de foot.

 

 

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Commentaires sur cet article

 

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1. sada mohammed (11/1/2009 . Id:7338)

cet article me rappele les annees 80 quand moi aussi j'ai commence a etre fan de difaa avec les copains du quartieret pas loin du kalaa nous c'etait l'mers derb nakhla et on a vecu pratiquement les memes histoires et c'etait vraiment une belle epoque du foot jdidi mais ce qui est honteux et desolant c'etait ces mkhaznis que j'ai eu affaire moi aussi.en tout cas c'est du passe mais ca marque quand meme et ca ne m'empeche pas d'aimer mon club de coeur et d'en etre fier.

2. MOHANDIS IDRISS (15/1/2009 . Id:7345)

Je vous remercie pour ce fameux article, vous m'avez revécu mon enfance durant la fin des années 80 et début des années 90 quant le DHJ était parmis les équipes d'élite où tous les jeunes de cette époque se précipitent dimanche dès la matinée vers stage ABDI afin d'avoir une place pour voir le match surtout les matchs contre WAC-RCA-FAR-MAS-KACM ...ETC. J'ai actuellement 30ans je supporte toujours de prêt et de loin DHJ en assistant de temps en temps à des matchs.

3. Jdidi a Londres (24/4/2009 . Id:7705)

I really enjoyed reading your article , it reminds me of my youth when I used to go and watch Difa3 in the 70's . I used to pay for my ticket but still get beaten by mkhaznia . Now I go and watch Chelsea play but even without mkhaznia it is not the same .
It doesnt matter how bad was stade Abdi there is a difference between deeply loving a club and enjoying watching another one such as chelsea.
(Je m'excuse mon francais n'est oas assez bon)

4. Habib Jilali (25/6/2009 . Id:7878)

Vous avez pu décrire de façon simple mais très agréable aussi bien la situation que les sentiments vécus et éprouvés par une catégorie de jeunes appartenant à la classe déshéritée,qui faute de moyens pécuniaires, se contentait de se percher sur les arbres culminant le stade AlAbdi.Vous avez su nous donner cette joie de revivre ces beaux moments de notre enfance.J'en félicite l'auteur et le remecie.
A tous les fans du Difaâ,je vous dis félicitations pour le deuxième rang au championna

 

 

 

 

 

 

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