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Actualités El Jadida // Arts et Culture

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Ajouté le 06 Août 2007
Par le membre Belkacem

 

MAZAGAN (AL-JADIDA) : Le berbère lusitanisé

 

 

 

Mazighan des textes arabes médiévaux, Mazagão des Portugais ensuite, Al Mahdouma et enfin Al-Jadida, ces noms illustrent bien l’histoire mouvementée de tout un pays. Si le site actuel d’Al-Jadida fut d’abord peuplé par les Amazighs marocains qui ont marqué leur présence par quelques constructions que l’on ne peut retrouver aujourd’hui, Mazagan se révèle au monde avec la pénétration portugaise.

Etablissant des relations commerciales avec Azemmour, Safi et Mazighan depuis la deuxième moitié du XV ème siècle, les Portugais manifestent ensuite leurs intérêts expansionnistes et prennent Mazagan en 1502. En 1514, une première citadelle est achevée, œuvre de Fransisco et Diogo de Arruda (que je nomme Oulad Harrouda), un chef-d’œuvre que l’on ne trouve nulle part dans le monde lusitanien (=portugais), c’est l’actuel joyau de tout le Maroc, la citerne portugaise à moitié souterraine et aux 25 colonnes inédites. Sur sa terrasse, on peut encore voir les vestiges de la première église, celle dite de la Miséricorde. Une citerne sera bâtie près de Lisbonne, celle de Sao Juliao da Barra, mais elle est loin de se mesurer à notre citerne de Mazagao.

En 1541, la citadelle est agrandie pour devenir une forteresse, une première du genre au Maroc et dont on n’aura plus du similaire. Suivant un plan magnifique de l’Italien Benedetto di Ravenna, qui nous rappelle les esquisses de Leonardo da Vinci, la forteresse prend la forme séduisante d’une étoile à quatre branches. Les murailles ne sont plus rectilignes, mais savamment infléchies en leur milieu vers l’intérieur et dont les extrémités (intersections) sont terminées par des bastions très chic mais qui doivent faire peur à tout assaillant de cette place forte. Le chemin de ronde qui constitue le circuit pittoresque sur la muraille fait presque 10 m de large, pour laisser circuler les chariots porteurs de canons massifs de cette Europe renaissante. Le parapet de la muraille est percé de canonnières aux bords en pierre qui suscitent l’admiration. De ce chemin de ronde l’on a aujourd’hui une vue prenante sur toute la ville, sur l’océan et sur Azemmour et le Golf Royal de Haouzia.

De nos jours, l’on peut encore admirer l’art gothique et de la Renaissance à travers les éléments de la citerne et des deux églises restantes des quatre qui se trouvaient à l’intérieur de cette petite enclave qui tournait le dos au continent, ouverte sur l’Océan et savamment défendue par un fossé qui prolongeait les accolades de l’amant de Mazagan, l’Atlantique, dans une complicité bénie par les Dieux.

Ce n’est qu’en Mars 1769 que Sidi Med b. ‘Abdallah parviendra à libérer Mazagan. Elle restera déserte pour environ 50 ans et devint presque en ruines, d’où son appellation Al-Mahdouma. Sous Moulay ‘Abderrahmane (1822-1859), l’ordre est donné pour repeupler la ville, ce qui sera chose faite et l’on rebaptise la ville du nom d’Al-Jadida, la neuve, en signe de purification d’une contrée occupée jadis par les infidèles. La Grande Mosquée qui épouse l’ancien Palais du Gouverneur de la forteresse et dont le minaret n’est autre que l’ancienne tour de vigie est l’acte spirituel de la ressuscitation de la ville islamique. Une ville où l’on n’a pas détruit les bâtiments des chrétiens portugais ni les synagogues. Deux siècles après, Al-Jadida oublie le colonialisme et s’enorgueilli des chef-d’œuvres dont la France l’a dotée, tels le Théâtre Municipal, Bank Al-Maghrib, La Poste, la Trésorerie, la Douane et autres édifices que l’on ne peut pas ne pas admirer en passant par cette ville, même en visite d’affaire.
Mazagan, patrimoine commun maroco-portugais avec ses éléments de singularité et d’universalité, a été classé patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2004. Cette reconnaissance mondiale est à la fois un blason et un poison : une médaille pour un champion qui doit tout faire pour la préserver et être à la hauteur d’une reconnaissance tant recherchée.

A bon entendeur, Salut.


Aboulkacem CHEBRI
Archéologue-restaurateur
Directeur du Centre du Patrimoine Maroco-Lusitanien
Bd Mohamed VI – AL-JADIDA
marocarcheo@yahoo.fr
cultmorocoportugais@menara.ma
212 23 35 18 86

 

 

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Commentaires sur cet article

 

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1. A. Khechane (07/8/2007 . Id:5527)

Voici un de ces articles intéréssants qui visent à attirer l'attention sur l'importance du partimoine historique de notre pays.Mais le constat est amer: la plupart de nos sites historiques n'interessent que les touristes étrangers, sont désertés par nos concitoyens et dans le pire des cas se trouvent exposés à des actes de vandalisme. La mémoire historiqe avec les émotions qui s'y attachent nous fait cruellement défaut, et c'est là un signe de plus de la faillite de notre système éducatif et de toute les institutions qui peuvent concourir à notre humanisation...

2. jalila (08/8/2007 . Id:5537)

merci pour ces informations,j'ai passé de beaux jours à jadida dernierements j'ai visités la cité portugaise et j'avais vraiment besoin de savoir pour etait elle appelée mazagan aussi de savoir les dates precises de la constructions de ces monuments.vraiment jdida est une ville qui merite bcp.

3. BENATAR MARCEL (09/8/2007 . Id:5538)

C'est avec un immense plaisir que j'ai lu votre très précieux article. J'ai 61 ans, je suis né à MAZAGAN et j'ai quitté, le coeur serré, EL JADIDA, à l'age de 15 ans, en 1961, en compagnie de ma mère, mon père étant mort et inhumé dans sa ville natale sacrée : MAZAGAN-JDIDA.
La dernière fois que je me suis recueilli sur sa tombe de marbre blanc, c'était en 2006, lors d'un très émouvant séjour que ma fille ainée a organisé secrètement pour feter (pardon pour l'accent circonflexe... mais je ne sais pas bien me servir de cette "machine"...) mes 60 ans!
J'ai été impressionné par l'extraordinaire "conservation" du CIMETIERE ISRAELITE D' EL JADIDA, et en particulier, évidemment, par l'état remarquablement préservé de la tombe de mon PERE, JACOB BENATAR, mort en 1957, ainsi que de celle de mon GRAND-PERE, MOISE AZOULAY, mort en 1937!
C'est , à mes yeux, l'HONNEUR DU MAROC, le plus magnifique des "PAYS ARABES" (mais peut-etre suis-je un peu chauvin...) d'avoir ainsi, bravant les dévastatrices tempetes de l'Histoire des 50 dernières années, su avec autant de fière résolution préserver son incomparable patrimoine culturel!
Patrimoine d'une richesse rarissime, faite de la multitude infinie de ses strates historiques accumulées au fil des SIECLES, avec une SAGESSE, une INTELLIGENCE, un RESPECT, une PASSION, tels, QUE NOUS SAUTE AUX YEUX, A NOUS, MAROCAINS DU XXIe SIECLE, NOTRE DEVOIR ABSOLU D'ETRE DIGNES DE CE PRODIGIEUX HERITAGE!
METTRE ENCORE ET TOUJOURS, à notre tour, toutes nos forces, unies et fraternelles, au service de CETTE NOBLE CAUSE DE PAIX ET DE GRANDEUR D'AME, celle de continuer à administrer au MONDE LA PREUVE PAR L'EXEMPLE D'UN DEMENTI CINGLANT AU PRETENDU "CHOC DES CIVILISATIONS", dernier délire pseudo-"intellectuel" très "en vogue" hélas en ces temps où "TOUT" (et surtout "LE PIRE...) semble possible!
Permettez-moi, cher Monsieur, de vous saluer fraternellement, et de vous remercier encore pour votre savante et indispensable contribution au rayonnement dans le monde de notre ville bien-aimée : AL JADIDA, LA NEUVE!
Marcel BENATAR

4. aboulkacem CHEBRI (09/8/2007 . Id:5541)

Chers amis, chers lecteurs salut
l'intérêt qu'a suscité cet article, en réactions écrites et en nombre de visites, est un signe indélibile que les Marocains sont versés dans leur histoire et fier de leur héritage, quoi que l'on remarque superficiellement le déficit en sorties culturelles chez les ménages, chose à imputer à notre système éducatif défaillant.
Peuple d'histoire millénaire, de cohabitation, de Tasamouh (tolérance est mot moins signifiant que tasamouh), le Maroc est un grand pays, n'en plaise à certains.
le Maroc nous interpelle
l'avenir est entre nos mains
l'avenir nous appartient

 

 

 

 

 

 

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