Hassan Megri fait danser les chevaux sous sa plume de calligraphe

(Récit d’une rencontre avec l’artiste, peintre et musicien)

Le spectacle venait de se terminer ; le public applaudissait a tout rompre ! Les chevaux regagnaient leurs écuries, accompagnés de leurs cavaliers : Lorenzo le Magnifique avait paradé debout sur ses montures, chevauchant les obstacles avec l’élégance d’un prince florentin ; de jeunes jockeys nous avaient éblouis dans une fantaisie équestre orientale absolue, où leur corps semblait suspendu a la crinière de leurs cavaleset tous les autres où l’on sentait la fierté et la passion. Nous étions conquis. On entendait, au loin, quelques tirs de fantasiaEl Jadida célébrait son premier Salon du Cheval.On en parle encore aujourd hui dans les familles, a l’école, dans les campagnes marocaineset le Roi Mohammed VI a demandé que cette manifestation soit pérennisée !

Jamais en effet de mémoire d’hommes dans les Doukkala, on n’avait accordé autant d’attention a ce qui est notre plus belle conquête : avec des mots qui font rêver : le Pur Sang Arabe ou Anglais, le Barbe ! l’Arabe ! l’Arabe-Barbe ! l’Anglo-Arabe toutes ces races de chevaux que l’homme a façonnées au cours de son histoire pour arriver a cet animal aux performances mythiques.

Hassan Mégri ne pouvait pas ne pas être la, et rajouter au cheval d’autres Lettres de Noblesse Avec sa plume de calligraphe, il l’a fait danser entre des galaxies et des étoilesIl a plié les lettres de l’alphabet; et leurs volutes, égrenant des versets coraniques, donnent a l’animal une légèreté indicible. Hassan m a avancé la chaise pour que je sois plus près de lui ; nous avons parlé longtemps, comme des amis retrouvés, comme si nous ne nous étions jamais quittés. Il m expliqua , avec fierté et sa passion sereine, la calligraphie, son origine, les longues traditions musulmanes où la représentation humaine n’était pas possible, les différences entre la calligraphie latine ou extrême-orientale et la calligraphie persane, dont il est l’un des maîtres contemporains, avec l’autre Hassan, l’Irakien Hassan Massoudy.

J avais vu tout a l’heure, dans l’arène, les chevaux et leurs cavaliers voltigeurs ; je revois les mêmes voltiges, dans les œuvres ciselées qu Hassan Mégri présentait a ce Salon. Sur toile mais aussi sur bois. Des chevaux qui volaient dans un firmament étoilé. Et curieusement, une douce musique se dégageait de ces tableaux, où les arabesques ressemblaient a des cordes de harpe, de lyre ou de guitare. c’est vrai qu Hassan Mégri est également musicien. c’est lui l’inventeur de la « world musique arabe » et me reviennent les mélodies de son dernier disque « Eddar Elbeyda », qu il interprète avec son orchestre « Hassan Megri Band » Car les Mégri, c’est toute une dynastie d’artistes : poètes, peintres , chanteurs, compositeurs, père, frères, sœur Youtube me donne la possibilité de les revoir, comme le site web.lesmegri.comEt ces émissions de télévision où l’applaudimètre aurait craqué.

El Jadida avait tenu, pour ce premier Salon du cheval, a l’honorer, comme Paris l’avait fait l’an dernier en lui décernant la Médaille d’Or de l’Académie des Arts ,des Sciences et des Lettres ; comme l’Unesco en le nommant membre du Conseil International de la Musique, le C.I.M, après qu il e»t fondé le Comité National marocain de la Musique

Hassan Mégri bourlingue depuis longtemps au pays de l’Alphabet, comme un archéologue a la recherche des trésors enfouis dans le monde mystérieux de la foi ; il a sillonné aussi l’Iran, les Indes, le Népal, ces contrées qui sont également les miennes , comme dans un pèlerinage aux sources du mysticisme. A vouloir redonner a la création calligraphique un souffle nouveau, aux portes de la métaphysique et de la religion, comme s’il voulait perpétuer des messages de paix pour une humanité en danger.

En nous quittant, nous nous sommes embrassés chaleureusement, d’une amitié fraternelle, et j ai voulu, a ma façon, vous transmettre ces instants de pur bonheur passés ensemble.

Michel Amengual
Eljadida.com

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