Ou vas-tu Moshé? Ou quand Hassan Benjelloune met le drame au service du melodrame

A l’occasion de l’organisation des Premières Journées Cinématographiques d’El Jadida (voir programme), le comite organisateur, ainsi que les invités ont tenu a rendre hommage a l’un des artistes de renommée internationale. Il s’agit du prolifique scénariste, réalisateur et producteur HASSAN BENJELLOUNE. Le choix du lieu de la cérémonie était de taille; ce fut la salle Chaibia Talal sise au sein d’un monument historique universel majestueux, la Cité Portugaise. Le moment était tant attendu par la présence, le public jdidi était au rendez-vous, car dés qu il ait franchi la grande portail d’entrée de la cité portugaise, Hassan Benjelloune fut entouré d’une foule de sympathisants(tes) et d’admirateurs (rices) et reconnaissants(tes) du réalisateur “jdidi” qui leur déclarait avec spontanéité: “Je refuse l’appellation de mellah, donnée a tort a cette belle cite lieu de tolérance, de pluralité et de convivialité. c’est notre petit AVIGNON. Elle doit être le lieu d’animation permanente…”.

Devant la salle Chaibia Talal, les invités attendaient leurs tour pour pouvoir aborder Hassan Benjelloune, certains d’entre eux voyaient en lui, l’enfant perdu ayant retrouve ses racines, sa terre natale, sa famille et sa foie pour l’inspiration artistique! Parmi ceux la: si Brahim Kalii, président de l’association de La Cite Portugaise, qui a rafraichit la mémoire de notre réalisateur, en guise de welcome, en lui rappelant la maison de maman Habiba, lieu où il a grandit, et l’arbre qui y est toujours. d’autres tels que si Ali Saber, fils de résistant jdidi, a enclenche un passé lointain de l’histoire de la résistance qu a vécu la ville d’El Jadida, tels que l’événement relatif a l’attaque du bureau de tabac sis en face de l’hôpital Med5: “je me souviens toujours de l’incendie, et je vois devant moi les flammes, surgissant du bureau de tabac”.

EL Jadida retrouve son enfant perdu

Ce furent de très belles retrouvailles pour H. Benjelloune et qui ont enrichi son expérience, lui qui avait déclare un jour: “Je suis de la mouvance sociale, je dis ce que je sens pour mettre mon petit grain, j essaye de changer les choses. Notre imaginaire ne travaille plus comme avant, Enfant j allais au souk écouter des histoires(…) je veux renouer avec cet imaginaire”. n’est ce pas la l’occasion. Durant la cérémonie, les murs de la salle Chaibia Talal résonnaient, les discours d’hommage, de reconnaissance et d’appels seront poursuivit durant un temps, marqué par une attention particulière de H. Benjelloune. Emu, mais reconnaissant, heureux mais perplexe ! Car, déclarait-il “Je n’ai encore rien fait pour El Jadida ! J aime cette ville, je lui dois beaucoup, et elle m a donné beaucoup !” Touché par de tels propos, l’auditoire n’a pu retenir ses acclamations ainsi que sa reconnaissance.

Et a Hassan Benjelloune d’ajouter: “A El Jadida, j ai fais la connaissance du patriotisme et du nationalisme. Les Jdidis ont combattu le colon d’une façon civilisée! Au côté des armes, ils ont bien éduqué leurs enfants, en les poussant a mieux s’instruire. Un grand panel de décideurs nationaux, actuellement a travers le royaume est composé de Jdidis, Oui j ai aimé a la folie cette ville, et je n’ai pas d’explications ! Et je ne suis pas le seul. RUDY (Radolphe Dillenschieneider, directeur du Festival du film Arabe de Fameck), ci-présent, est venu en 1976 en tant que simple touriste. Il est de retour a El Jadida chaque année depuis ! El Jadida est un virus. Attention !”.

Mais un pareil attachement n’a pas fait oublier a H. Benjelloune un certain regret ou remord ! “En 1976 je voulais tourner mon film “Les Amis d’hier” a El Jadida. Mais tous les obstacles du monde ont étaient dressés devant moi, j étais obligé de le tourner a Tetouan ! Mais, heureusement les choses ont changé et mon ami ici présent Si Mohamed El Younssi en est temoin. Il m a déclaré avoir eu toute aide et assistance auprès des responsables locaux, durant la réalisation de son dernier film Allo15 ! Et je suis disposé a faire autant dans un futur proche”.

El Jadida rend hommage a Hassan Benjelloun

La cérémonie d’hommage s’est poursuivit par la présentation de H. Benjelloune de 4 acteurs ayant participé au film ” Où vas-tu Moshe? “, respectivement: Abdellatif Benmama, Abdelaziz Hajji, Said El Hassani et la talentueuse Touria Laktib. Auparavant H.Benjelloune a tenu a : “présenter mon professeur, le vétéran Latif Lahlou, qui est un natif d’El Jadida et qui a tant fait pour la production cinématographique marocaine”. Profitant de l’occasion de l’hommage qui lui a été réservé, H. Benjelloune n’a pu retenir son émotion quant a l’état actuel de l’environnement artistique en général et cinématographique en particulier a El Jadida : “Je suis très attristé de voir ma ville, El Jadida, sans salle de cinéma! Plus de Dufour, ni de Marhaba et le Rif non plus… Quel vide, et le théâtre municipal est dans un état déplorable, ses équipements sont désuets. Il n’offre pas un minimum de confort, ni de sécurité!”.

Le public, assoiffé de savoir, et d’entendre un artiste dans ses états meilleurs, suivait les déclarations d’amour, les confidences personnelles éveillées par et pour l’occasion, acceptait les critiques et reproches formulées par sympathie et envie. Il découvre, un pharmacien de formation et un artiste inné! H. Benjelloune qui avait déclaré lors d’un précédent hommage organisé en son honneur en avril 2008 a Rabat par la fédération des pharmaciens de Rabat-Salé, durant le quel le titre d’ambassadeur des pharmaciens dans le domaine artistique et culturel lui a été décerné : “c’est un bon choix, celui des études de pharmacie, puisqu il bute directement sur le domaine artistique”. Et il commente, s»r de lui: “Le cinéma marocain est un levier de la diffusion de la culture, un moyen d’information, de vulgarisation et un enjeu socio-économique”.

Le cinéma au service de la mouvance sociale

Le cinéma de H. Benjelloune est un cinéma qui dit plus qu il suggère, qui pointe du doigt plus qu il ne désigne du regard. Non que tout soit dit dans le dialogue, mais parce que chaque film est construit autour d’une volonté d’engagement. Un engagement caractérisé par l’intérêt de H. Benjelloune, sa sincérité, son acuité, son appel au changement et a rester au pays pour continuer a le faire évoluer plutôt que de désespérer de l’avenir et vouloir immigrer. Hassan allie ainsi une approche documentaire réaliste et des métaphores aisément déchiffrables. Il puise dans la tradition des conteurs.

c’est encore une fois cet appel qui a résonné dans la salle Chaibia Talal, a travers la projection du film de H. Benjelloune: “Ou vas-tu Moshé?” offerte par l’occasion par ce dernier!

Dans ce film H. Benjelloune plonge dans sa réflexion historique (lui qui lit beaucoup) en remontant plus loin dans le calendrier. Après une radioscopie de la société marocaine a travers le statut de la femme notamment dans “Jugement de femme” et “Les lèvres de silence”, il confronte le corps social a sa manière, d’abord avec la question de la répression politique des années70 avec” La chambre noire”, et remontant vers les années 60 et70 pour aborder la question de l’immigration juive. Une double problématique pour souligner la complexité de la question de la mémoire marocaine, laquelle, constate H. Benjelloune n’est jamais une mémoire monolithique, elle est moins conflictuelle (chacun a sa mémoire) et plurielle (la composante judaïque de la nation marocaine). Hassan Benjelloune est fidele ainsi a sa démarche, il met le drame (le contenu) au service du mélodrame (la forme). Le film “Ou vas-tu Moshé?” ouvre une page de l’histoire marocaine jusqu a la oubliée des manuels scolaires et n’évite aucun tabou. Nous y reviendrons dans un prochain article ainsi qu au débat soulevé par la même occasion…

Mabrouk Benazzouz
Eljadida.com

Auteur/autrice